JEANON (1937-2023)
Créatrice du “Structurel jubilatoire”. Peintre française, École de Paris.
1. Biographie
Jeanon, alias Jeanine Gravelais, est une peintre française dont l’œuvre s’inscrit dans la grande tradition de l’École de Paris. Née à Saint Étienne, elle se forme d’abord à la sculpture à l’école Nationale des Beaux-Arts, où elle obtient le premier prix. Elle poursuit ensuite son apprentissage auprès de maîtres tels que Fernand Majorel, Yves Brayer, Maryse Ducaire et Edouard Mac Avoy, qui reconnaissent très tôt l’exception de son talent. Edouard Mac Avoy la décrivait comme une “peintre brillante et analyste profonde”.
Fille d’un industriel stéphanois, Jeanon suit dès l’âge de huit ans des cours de dessin chez Mme Sauzet, aquarelliste, puis deux années de broderie. Malgré les attentes familiales de l’époque, elle choisit résolument la voie artistique. Ses premières œuvres, copies de Watteau, Rembrandt ou Carpeaux, révèlent une maîtrise technique précoce et une sensibilité déjà affirmée. Le portrait qu’elle fait de son père, René Gravelais (1955), marque symboliquement son émancipation artistique : une œuvre délicate, libre, expressive.
À 16 ans, elle rencontre Jean Baptiste Pitre Ingénieur, qui deviendra son mari et son plus fidèle soutien. Le couple s’installe à Lyon puis à Paris, où Jeanon se consacre entièrement à la peinture.
Rencontres déterminantes
À Paris, elle suit les cours de Yves Brayer, maître de la peinture figurative française, dont l'enseignement rigoureux forge les bases de son style : le sens de la composition, la force de la couleur et l'attachement au réel transfiguré par la sensibilité.
Dans les années 1970, elle se lie d’amitié avec le peintre russe Constantin Bruni, post impressionniste installé dans l’ancien atelier de Renoir à Montmartre. Celui-ci réalise des décors pour l’UNESCO et partage ses recherches avec Jeanon dont témoignes de nombreuses lettres de correspondances. Il peindra le portrait de Jeanon dont il reconnait le talent de la maitrise des couleurs et du dessin. Avec son mari, elle le soutiendra financièrement avec générosité jusqu’à son décès.
En 1982, c’est auprès d’Edouard Mac Avoy, grand portraitise de son temps, au Lucernaire, qu’elle atteint la pleine maturité de son art. Sous sa direction exigeante, elle développe cette capacité rare à capter l'essence de ses modèles, cette psychologie du regard qui caractérisera ses propres portraits. Élève brillante puis assistante, elle hérite de son atelier et de ses élèves à son décès.
Consciente de la domination masculine du milieu artistique, elle adopte le nom Jeanon, choisi par son mari en écho à Junon, déesse romaine de la force et du courage.
Décédée en 2023, Jeanon laisse un héritage considérable de plus de 2000 œuvres, dont les trois quarts ont été vendues de son vivant et sont présentes chez de nombreux collectionneurs et amateurs d’art à travers le monde.
2. Formation et apprentissages
Études artistiques
École Nationale des Beaux-Arts de Saint Étienne, Sculpture (1er prix, 1960)
Académie des Beaux-Arts de Lyon
Atelier Fernand Majorel (Lyon, 1952-1961)
Atelier Yves Brayer, La Grande Chaumière (Paris)
Atelier Maryse Ducaire (Paris, 1977-1982)
Centre National d’Art Edouard Mac Avoy, Lucernaire (Paris, 1982-1991)
Une formation solide, un regard libre
L’apprentissage de Jeanon à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Saint Étienne, couronné par un premier prix de sculpture, marque profondément son rapport à la forme. Cette exigence du volume, du cadrage et de la construction se retrouve dans toute son œuvre. À Paris, elle poursuit sa formation auprès de Yves Brayer, Maryse Ducaire et Edouard Mac Avoy, dont elle devient l’assistante. Ces rencontres nourrissent sa technique sans jamais contraindre sa vision. Très tôt, elle affirme une écriture personnelle, sensible et vibrante, qui la distingue dans les salons parisiens où elle expose pendant plus de trente ans.
Transmission
Jeanon enseigne la peinture et le dessin pendant près de quarante ans.
1990-1991 : Direction de l’atelier Mac Avoy au Lucernaire
1991-1994 : Direction de l’atelier parisien Jeanon rue Censier
1993-2020 : Direction de l’atelier Jeanon rue du Rocher, Asnières
Plus de 120 élèves se forment auprès d’elle, dont certains deviendront des artistes reconnus, comme Boy Cloos.
4. Le style : le “Structurel jubilatoire”
Présenter l’œuvre de Jeanon (1937-2023), alias Jeanine Gravelais, c’est entrer dans un univers où la rigueur du dessin dialogue avec une énergie chromatique rare. Formée à la sculpture avant de devenir peintre, héritière de l’École de Paris mais farouchement indépendante, Jeanon a construit une œuvre qui interroge la structure intime du monde tout en célébrant sa vitalité.
Son style minéral sculpte l’huile au couteau et aux pinceaux pour souligner la richesse des couleurs et la force du trait. Son œuvre est un hymne à la beauté du monde qui nous entoure. Son œuvre “structurel jubilatoire” résume cette tension féconde entre maîtrise et liberté, entre architecture et émotion.
Le style de Jeanon se caractérise par une approche de sculpteur avec la matière où se mêlent l’huile, la poudre de marbre et parfois des morceaux de toile de jute dans les fonds. Son style s’appuie sur une maîtrise parfaite et exigeante de la structure, de la composition harmonieusement cadrée, d’un dessin solide, précis, un rendu anatomique littéral, qui prend ses racines dans ses premières études de sculptrice.
À cette exigence architecturale s’ajoute une expression particulièrement jubilatoire, avec une maîtrise de la matière et un choix de la couleur à la fois nuancé et foisonnant, exploitant toutes les gammes du langage chromatique. L’artiste déploie son talent dans différentes techniques : mine de plomb, fusain, sanguine, aquarelle et surtout huile et techniques mixtes.
5. Les quatre grandes périodes picturales
Magnificence (1951-1965)
Lors de cette période de jeunesse, qui va de 1951 à 1965, Jeanon puise ses sujets de prédilection dans son entourage : portraits de proches et scènes de vie en Haute-Loire. L’artiste les observe avec émerveillement et nous les narre du bout de son pinceau avec une douceur et une sensualité caractéristique, explorant différentes techniques comme la sanguine, la mine de plomb et l’huile.
Kaleidoscope (1966-1999)
Les années 1966 à 1999 correspondent à la période parisienne de l’artiste. L’accomplissement de sa vie de femme et une nouvelle maîtrise de la peinture sont menés de pair. Jeanon explore des palettes de couleurs riches, vivaces, dynamiques, pleines de tendresse et de joie. Elle commence à travailler au couteau avec un geste énergique, façonnant l’espace avec une myriade de touches horizontales et verticales. Cette longue période se décline en successions de recherches techniques et en une véritable “mise en scène” de la couleur qui devient le sujet principal.
Incandescence (2001-2003)
Dans cette période brève mais intense, Jeanon projette sur la toile son combat de femme libre. Sa gamme de couleur est uniquement centrée sur le rouge, tous les rouges : vibrants, sauvages, vermillonnants. Elle se confronte à la matière avec une liberté d’écriture qui l’amène aux frontières de l’abstrait.
Elementum (2003-2022)
Au cours de cette période, Jeanon va au cœur des sujets en saisissant ce qui émane de la matière naturelle. Elle revient à la représentation de la nature et exprime la force brute des éléments dans un style épuré, apaisé et direct. Elle sait rendre la pierre lisse, le végétal palpable, l’eau vivante, dans une structuration qui révèle ce qu’elle a toujours été : un peintre sculptural qui rend hommage à la générosité des éléments essentiels qui nous entourent.
6. Une œuvre habitée par la vie
L'œuvre de Jeanon se déploie comme une exploration du monde. C'est un processus de création spontané, nourri par la lumière, les matières et les émotions. Sa vie et son art sont indissociables, façonnés par ses voyages et sa curiosité insatiable.
Des paysages de l'île de Dieu, en Provence, à Venise, en Corse, à ceux du Maroc, des scènes de vie parisienne, La défense, les Champs Elysées, Chatou, dans les clubs de Jazz, aux scènes de rue, son regard se pose sur tout ce qui l'émeut, cherchant la beauté même dans les imperfections.
Sa fascination pour les animaux, chevaux, vaches, poules, dromadaires et surtout les chats, traverse toute son œuvre. Ses chats, des animaux libres et indépendants, porterons des noms d'artistes célèbres comme Goya, Picasso ou Léonard et Dali, témoignant de la diversité de ses inspirations picturales, mais aussi de sa fantaisie.
Ses sujets parcourent la beauté de la nature, dans ses paysages où la lumière jaillie avec une palette riche et délicate. Les fleurs, les arbres, Jeanon en saisit la vie. Ces œuvres sont des tableaux de l’intime, son regard inscrit la force de la beauté sensible de ce qu’elle voit au-delà de l’image.
Dans ses dernières années, elle a continué à peindre et à dessiner avec une énergie inépuisable, transmettant sa passion à ses enfants, ses petits-enfants et leurs conjoints. Sa dernière toile restée inachevée sur son chevalet représente des lys. La préparation rouge reste visible, dans l’attente de sa dernière touche. Un symbole de pureté et de passion face à la beauté du monde qui l’a toujours porté à créer. Et le dernier croquis de Jeanon, celui d'un de ses chats, est un point final touchant à une vie consacrée à l’amour du vivant, qu'elle a su capter et offrir au monde, nous invitant à ouvrir notre propre regard.
7. Expositions et distinctions
Salons et expositions régulières
Sociétaire du Salon des Indépendants (depuis 1969)
Sociétaire du Salon des Artistes Français (depuis 1984, Mention Honorable 1991)
Sociétaire de la Biennale des Beaux-Arts (depuis 1981)
Sociétaire du Salon d’Automne (depuis 1981)
Salon de Deauville 1990 : 1er Grand Prix du Nu, des Fleurs et du Portrait
Expositions personnelles et collectives
Saint Étienne (1960-1962)
Vichy (1965), Strasbourg (1982)
Galerie Bernheim Jeune, Paris, Venise en hiver (1986)
Camaret (1989)
Lyon (1989)
Montreux, Suisse, Médaille d’or (1990)
Deauville (1990)
Galerie des Halles, Neuchâtel (1992)
Galerie La Belle Épine (1993)
Biennale du Noir et Blanc (1995, 1997)
Galerie Borelli (1997)
Galerie Le Sagittaire
Salon d’art contemporain (1997)
Grand Marché de l’Art, La Défense (1997)
Grand Marché de l’Art, La Bastille (1997, 1998)
Salon de la Ville d’Étampes (1997)
Galerie Schilderijen Primart, Hollande (1998)
Galerie du Rond-Point des Champs Élysées, Paris (1998)
APROART, Aubusson (2005)
Présence internationale
Pendant plus de quinze ans, ses œuvres sont présentées à la FIAC. Elles circulent aujourd’hui dans des collections privées du monde entier : États Unis, Hong Kong, Qatar, Suisse, Chine, Russie, Japon, Espagne, Italie, Australie.
8. Héritage
Décédée en 2023, Jeanon, artiste prolifique, a réalisée plus de 2000 tableaux et autant de dessins et aquarelles et sanguines.
Aujourd’hui dans son atelier, elle laisse un patrimoine considérable : plus de 1000 œuvres, dont 333 dessins et 47 carnets de croquis, 155 aquarelles et 268 tableaux conservés.
Son influence se prolonge à travers les nombreux élèves qu’elle a formés, mais aussi par la force intacte de son œuvre, aujourd’hui redécouverte et réévaluée.
La famille constitue aujourd’hui un catalogue raisonné pour préserver et transmettre son œuvre, témoin d’un style unique : minéral, sculpturale, magnifiant la beauté du vivant, le Structurel jubilatoire.